dimanche 21 avril 2013

La traversée du temps


La traversée du temps (2007)
Un dessin animé de Mamoru Hosoda
Sur un scénario de Satoko Okudera
d'après le roman éponyme de Yasutaka Tsutsui

Hier soir, j'ai revu "La Traversée du temps" de Mamoru Hosoda.

Makoto Konno, un fille qui ne prend pas le temps de penser avant d'agir, se retrouve doué du pouvoir de traverser le temps. Afin d'éviter de s'engager, elle se sert de se don pour régler les problèmes amoureux de ses amis, en aidant, de fait, d'autre filles amoureuses à se rapprocher d'eux. Seulement, ses voyages provoquent d'autres catastrophes. Et nous sommes en fin d'année scolaire, aussi, à 17 ans, il faut tracer les grandes lignes de son futur...

Les personnages sont tous très bien écrits, tous attachant. Le récit est à la foi vif et léger, et l'on se demande tout de suite comment Makoto s'en sortira.



Le seul défaut est, à mon sens, la fin. Il semble que le scénariste n'ai pas trouvé comment finir - il engage d'ailleurs un "tunnel explicatif" ("scène de reprise de chapeau" dirait Hitchcock) à un instant où le temps est arrêté, et il accumule alors les incohérences. Je pinaille, je sais, mais qui aimes bien châtie bien. Ce moment légèrement romantique, presque légèrement sirupeux, transforme Makoto. Mais bizarrement, à ce moment, qui aurait du être un des plus fort du film, il semble passer à coté de son sujet. Est-ce un soucis de rapport au livre ? Je l'ignore. Mais tout à coup, les motivation de l'interlocuteur de Makoto, interlocuteur que l'on connait depuis le début du film, paraissent floues. En expliquant ce qui se passe à Makoto, il ajoute un degré de plus à ces passages dans le temps, puisque lui-même vient du futur... mais tout le  film, habilement monté jusqu'alors, devient un château de cartes qui tombe.

Mais à part cette fin, le film reste un très bon moment.


dimanche 24 février 2013

Seventh Heaven - L'heure suprême

Seventh Heaven - L'heure suprême



Réalisé par Frank Borzage
Sur un scénario de Benjamin Glazer
D'après la pièce éponyme d'Austin Strong

C'est un bon mélodrame, formidablement mis en scène. L'histoire d'un amour qui se crée entre deux personnes, Chico et Diane, tandis que Chico doit partir  l'armée, pour la guerre de 14.

Quelques thèmes ont un peu vieilli, voir ne sont plus d’actualité (en France en tout cas) : notamment le rapport à la religion. Le film est favori aux oscars de 1929.


avant goût de The Artist...

Mais il me semble que cette fiction arriva trop tôt. Les conventions hollywoodiennes de l’époque ont probablement joué sur l’écriture du scénario, qui, du coup, n’arrive pas à choisir le bon protagoniste. Les deux personnages principaux sont Chico et Diane, qui ne se connaissent pas au début du film, mais qui se rencontrent et entre qui un amour fort naît peu à peu. Seulement, Chico rêve, quand Diane est une femme battue par sa sœur. Entre les deux, mon empathie se dirige plus vers Diane que vers Chico. Elle vit aussi le plus de conflits dans le film : elle passe d’une sœur qui la bat à l’appartement d’un homme qu’elle ne connaît pas, et qui part ensuite pour la guerre alors qu’elle commence à l’aimer, puis elle se fait ouvertement draguer dans l'entreprise de construction de munitions où elle travaille. Tandis que Chico reste passif durant tout le film, sauf lorsqu’il la protège, par deux fois, au début.




L’intérêt me semble porté sur Diane. Ceci en fait un film fort puisque les héros de cette époque sont essentiellement masculins. Mais Diane ne va pas jusqu’au bout de là où elle pourrait aller (où on la ferait probablement aller de nos jours). De fait, elle devient passive à partir du moment où Chico la quitte pour la guerre. Des pointes d’activités lorsqu’elle se repaît en fouettant sa sœur, lorsqu’elle dit « non » au supérieur, mais sans cela, elle reste la femme à sa fenêtre qui attend le retour de son homme. Mais Chico, alors filmé, reste soldat parmi les soldats, donc passif.

Or, qu’y a-t-il de plus ennuyeux que de voir deux personnages passifs ne rien faire (ici pour leur amour) à l’écran ?




Le problème tient en la théorie du film : « l’amour ne connaît pas de frontières. » Il semble difficile de faire admettre une telle théorie si l’un et l’autre se retrouvent. Le truc ici est un rendez-vous, que donne Chico à Diane. Il pense à son amour pour elle à onze heures, tous les jours, où qu’il soit. Et Diane reçoit cet amour, où qu’elle soit, à onze heures précises.

Le scénariste n’a peut être pas pu (ou pas pensé pouvoir) donner un rôle plus fort, plus volontaire à Diane, où, soyons fou, elle irait le rejoindre par quelques moyens que ce soit sur le champ de bataille, comme Roxane dans Cyrano de Bergerac.

C’est un film de 1929, rappelons-le…




Hormis ce problème de scénario, ce film reste un beau film, formidablement interprété et mis en scène. Sur les cinq oscars pour lesquels le film a été nominé, Frank Borzage et l’actrice interprétant Diane, Janet Gaynor, ont été chacun récompensés d’une statuette. Si ce film vaut le détour, ça reste pour la réalisation et le jeu.

Une autre présentation, par Benjamin Merlet :



Enfin, si vous voulez voir le film, il est disponible sur Youtubes :



A bientôt !

mardi 4 décembre 2012

A Royal Affair

Royal Affair


Réalisé par Nikolaj Arcel
Sur un scénario de Rasmus Heisterberg et Nikolaj Arcel
Basé sur le roman Prinsesse af Blodet (Princesse de sang) de Bodil Steensen-Leth

Prix du meilleur scénario au festival de Berlin

Tout d’abord, je trouve que Royal Affair est un film absolument génial.



L'histoire (toute l'histoire, inclut la fin) :

Une princesse anglaise, Caroline Matilde, est mariée au roi du Danemark, Christian VII, qui est un peu dérangé – il vit avec une emphase immodérée. Cette princesse est venue au Danemark avec une bibliothèque, contenant entre autre des ouvrages de Locke, ouvrages censurés au Danemark. Le roi la fait tomber enceinte d’un fils. Caroline Mathilde, maintenant reine, n’aime pas son mari.

Christian VII part faire son tour d’Europe. Afin de retrouver les faveurs du roi, un groupe d’hommes exilés de la cour arrivent à lui adjoindre un médecin, Struensee, libre penseur. Caroline Mathilde remarque l’influence de ce dernier sur le roi, et lui propose de faire passer leurs idées par le roi.

Or, le conseil d’état était dirigé par le clergé. Sous l’impulsion de Struensee, le roi commence à prendre plus de pouvoir, et va jusqu’à dissoudre se conseil, afin de mettre en place, pratiquement, une dictature. Cette dictature permet à Caroline Mathilde et à Struensee de faire passer les idées des lumières.

Mais la relation qu’entretiennent la reine et le médecin du roi fait que cette dernière tombe à nouveau enceinte. Tout s’accélère, car Caroline Mathilde est forcée de ce rapprocher de son mari (et non plus de son médecin). Seulement, des informations passent, et la presse commence à dire que l’enfant que porte Caroline n’est pas du roi mais de son médecin.

Struensee est amené à rétablir la censure de la presse. Mais cela ne suffit pas, et le clergé (et les nobles qui ont eux aussi été floués dans l’affaire) arrivent à conduire le peuple à faire trembler le pouvoir. Finalement, le roi signe un édit d’arrêt pour son médecin, mais  pas parce que ce dernier a couché avec sa femme. Celui-ci est ensuite capturé. Le conseil reprend ses droits, et annule les avancées de Struensee. Il finit exécuté. La reine finit pour sa part sa vie au couvent, où, alors qu’elle sombre, cinq ans plus tard, dans une maladie, elle écrit à ses enfants ce qu’il s’est passé à cette période.



On vante, en France, un triangle amoureux entre un roi, une reine, et le médecin du roi. Mais c’est bien le coté politique qui est au centre du film. Le Danemark était le pays le plus avancé d’Europe à suivre les idées des lumières, et Christian VII a même reçu une lettre de Voltaire pour le féliciter.

Le sujet du film est bien l’évolution puis la récession du Danemark dans les années 1770, et bien sur (c’est moi qui interprète à présent) le lien avec notre monde actuel, où se profile une époque où la religion reprend des forces.

Que dire de plus ? Les images sont magnifiques, servies par une lumière extraordinaire. Les intérieurs ont la beauté du Barry Lindon de Stanley Kubrick.



Les 2h09 que dure le film peuvent sembler longue, de prime abord, mais le film exige presque d’avoir un rythme lent, et le plaisir des yeux en fait un vrai film de cinéma.

C’est donc un film, vous l’aurez compris, que je vous conseille chaudement (sur grand écran, bien sur, ça vaut l’investissement dans la place de cinéma) !

Voici donc enfin la bande annonce française :

jeudi 5 juillet 2012

Masterclass Alexandre Astier

Jeudi 5 juillet 2012, la Comic Con' a invité Alexandre Astier à tenir une masterclass de 2h, sur la scène principale du parc des expositions de Villepinte. A cette occasion, il a évoqué plusieurs sujets. Je n'avais ni notes ni papiers, mais j'ai retranscrit ce dont je me souvenais. Il a commencé par répondre aux questions préparées par les intervenant, avant de répondre aux questions du public.



Ainsi donc, un digest de la masterclass :


« Bon on est jeudi, je me disais donc que tout le monde travaillait, et qu’il n’y aurait personne. Mais au vu des quatre mille personnes devant moi, je me suis trompé » [acclamation de la foule]

« Je suis une personne qui fait tout, ce qui a un avantage et un inconvénient – notamment lors du lancement du projet, puisque maintenant, j’ai plus de facilités. L’avantage, c’est que je reste maître de la situation, et que je sais où je vais. L’inconvénient, c’est que les décideurs, eux, ne le voient pas toujours. Je devais montrer la scène finie pour que les décideurs (production, chaîne) puissent voir où je voulais en venir.
« Cependant, et surtout lorsqu’on n’est pas connu, il faut savoir se battre pour faire respecter notre projet. Par exemple : alors que nous étions en train de tourner une scène de la première saison, une personne est venue me voir sur le plateau. Elle m’a conseillé d’aller voir pour les photos de Kaamelott qui étaient en train d’être faites. Elle me précisa que je n’allais pas aimer : effectivement, non. Les photographes – de journaux télévisés type Télé7jours, je ne me souviens plus des autres […] – faisaient prendre des poses débiles aux personnages… afin de montrer le côté comédie. Il a donc fallu que je leur explique que Kaamelott était une comédie sérieuse, et en France, ça semble difficile à comprendre. Dans les centres commerciaux, il y a parfois des téléviseurs qui diffusent des films sans le son. Kaamelott, sans le son, je veux que ça donne l’impression d’être un film sérieux. Ce n’est que lorsqu’on allume le son que l’on peut rire.

« Lorsque j’ai décidé de travailler sur ce projet, j’avais une idée de ce que je voulais faire. Cette idée s’est modifiée au cours de la création, et au final, si je m’y étais cantonné, je n’aurais pas été aussi loin.
« Dans les trois premières saisons de Kaamelott, nous n'avions pas énormément de moyens, aussi tout devait passer par le dialogue. Je ne pouvais pas faire un plan muet qui exprimait quelque chose. Comparons avec la musique. Une musique est construite avec un thème auquel l’accompagnement donne une couleur ; un film est construit avec la structure du scénario (le thème) puis les dialogues suivis du montage et de la musique donnent eux aussi une couleur.

« Pour moi, une saison de Kaamelott, c’est 6 h qui sont coupées en tranches, en 100 tranches ou en moins (pour un format final de 3min, 7min, 52min). Dans ces 6 heures, le plus difficile à construire, ce sont les arches dramatiques des personnages. Par exemple en saison 6, il y a 120 personnages, et, même si tous n’ont pas d’arches propres, les groupes de personnages, ont de toutes façon une arche. »

« Arthur prend les gens comme une suite d'individualités, tandis que Lancelot les conçoit en tant que masse. C’est le conflit qui est la base de tout Kaamelott. »

 « Dans la première demi-heure du premier film Kaamelott, Lancelot s’empare du royaume et le domine en tyran. Tout en l’écrivant pour le film, je me suis dit que c’était un domaine passionnant, et qu’une demi-heure pour le traiter était un laps de temps trop court. Aussi j’ai choisi de développer ce passage [dans la nouvelle saison/dans des nouvelles dont certaines seront reprises en livre audio voir en une nouvelle saison]. »

« Chez moi, le comédien est roi. Habituellement, on écrit un scénario, puis on trouve un metteur en scène, et enfin on fait un casting. Toujours en général, dans les bibles de séries, les personnages sont résumés à des caractères. Dans Kaamelott, Arthur est grognon, Guenièvre est une cruche, [Untel] est une brute… Si l’on se base uniquement là-dessus, on perd tout ce qui fait la richesse du personnage : car on ne peut être une brute sans avoir aussi des moments de grande tendresse. Je n’écris donc pas pour des caractères, je n’écris pas non plus pour des personnages, mais j’écris pour des comédiens, et avec eux. De fait, parfois, quand j’allais mal, le roi Arthur lui-même allait mal. C’est une question de sincérité avec le personnage.
« Toute la structure de ce qui va être tourné est prête, aussi le dialogue vient très vite, de façon intuitive : je connais les comédiens, les comédiens me connaissent… Une fois, je jouais une scène avec Bohort, et il me disait qu’il n’arrivait pas à sortir une réplique, mais qu’il allait réessayer. Je lui dis non, tout en lui proposant de changer la réplique afin qu’il puisse la sortir. Nous jouions ensemble depuis longtemps, et comme au bout de la seconde prise, il n’arrivait toujours pas à l'exprimer, et c'était moi qui avais fait une erreur d'interprétation en l'écrivant. La réplique fut modifiée.
Je ne donne pas aux acteurs le texte avant le matin où ils vont avoir à les jouer, car je ne veux pas qu’ils plaquent une musique de jeu sur la mélodie des dialogues. Certains adorent ça. Mon père par exemple a ce petit rituel : il se fait maquiller, de prendre son café et de découvrir le texte. D’autres ont peur d’avoir à interpréter un rôle qui ne leur convient pas tout à fait (voir pas du tout). Mais je travaille avec eux, donc ils n’ont pas de raisons de s’inquiéter. Même si parfois, en bon enfoiré [sic], je donne quand même de gros dialogues le matin, alors qu’ils ne semblent pas avoir spécialement le temps de les apprendre. Ainsi, une fois, j’ai donné le matin un monologue de quatre ou cinq pages à l’acteur qui a interprété César, 83 ans à l’époque. Dans cette scène, il était allongé sur son lit et jouait ce monologue. J'avais prévu cette scène en plan-séquence avec un lent travelling à l’issue duquel on découvrait un des protagonistes [dont le nom m’échappe], aussi était elle assez chronométrée. Je dis à l’acteur que je ne pouvais pas la tourner comme prévu, mais il me répond que ça ne lui posait pas de problème. On a fait deux prises : les deux fois, il a dit son texte à la virgule près. C’était la dernière scène qu’il devait jouer dans le plan de tournage, aussi, comme de coutume, toute l'équipe applaudit l’acteur. Il s’est tourné vers moi – excusez-moi, je ne vais pas arriver à le dire sans pleurer – et m’a avoué avoir rajeuni de vingt ans. Ça signifie que ça faisait vingt ans qu’on ne lui avait pas proposé un rôle comme ça, un rôle à sa mesure. Cet acteur a créé tant de grands rôles pour le théâtre : ce n’est pas un manchot. Lorsque les chaînes le cantonnent à de petits rôles pour la seule raison qu'il a une bonne tête et donc qu'il va rassurer le téléspectateur, autant faire du 30km/h en pilotant une Ferrari. Je parle ici de lui, cependant, beaucoup d'autres acteurs se retrouvent dans son cas.

« Je suis entré dans la musique bien avant de poser le pied sur une scène de théâtre (cette nouvelle entrée s’étant presque effectué par hasard). J’ai commencé à 6 ans, à 20 ans j’y étais encore, avec les diplômes et tout. 
« Le meilleur moyen de porter la musique classique, ce n’est pas les concerts, ce n’est pas les CDs, c’est le cinéma (petit ou grand écran). Tous les grands noms de la musique classique y sont.
« Je compose dans les décors : l’assistant réa a toujours une partition vierge et un crayon avec lui, et quand quelque chose me vient, je peux écrire. Ainsi, les musiques de la saison 6 ont été composées dans les studios de Cinecitta, puis affinées chez moi.
« Je fais tout comme un musicien : j’écris comme un musicien, je réalise comme un musicien, je monte comme un musicien. »

« On fait avant tout du spectacle. La télévision, le théâtre ou le cinéma ne sont que des canaux par lesquels ce spectacle est diffusé. »

Vous pouvez retrouver Alexandre Astier sur twitter : @sgtpembry

vendredi 11 mai 2012

Robot et conscience (4)



Bonjour,

Après avoir décrit les robots au cinéma et dans la littérature, après avoir parlé des recherches actuelles, il me faut faire un billet sur l’intelligence artificielle. Le mot d’intelligence artificielle (ou plutôt, artificial intelligence) a été adopté en 1950. Il est apparu dans un article d’Alan Turing « Computing Machinery and Intelligence », où il définit ce qui est connu aujourd’hui comme « le test de Turing ». Lui-même est assez réticent à l’idée que l’on puisse développer une machine « pensante ».

Le test est simple : un examinateur parle (par ordinateur interposé) à une autre personne. Il doit déterminer s’il discute avec une intelligence artificielle, ou à une autre personne, seulement, grâce à une suite de question/réponse.

La recherche en I.A. commencera de façon officielle en 1956. Il y avait alors quelque chose d’une exploration, pour une cause simple : l’énormité du pachyderme qu’était l’ordinateur. L’histoire de l’I.A. est très bien expliquée dans le livre de Franck Rose, l’intelligence artificielle, histoire d’une recherche scientifique. Parallèlement à la taille de l’ordinateur, et sa puissance de calcul qui nous parait aujourd’hui faible, la recherche a réussit à démarrer.



L’ordinateur sur lequel seront fait les premiers pas en I.A.


Oui, ça ne rajeunit pas, hein ! Enfin, histoire de ne pas penser au mastodonte, sur la porte du local de l’université, il y avait ça :


Oui parce qu’ils avaient baptisé leur ordinateur « Kim No-VAX ». Sur cet ordinateur, des programmes, eux aussi à consonance féminines : Pam, Pamela... Celui qui nous intéresse : PANDORA. C’est « un programme de résolution de problèmes dans le champ du sens commun » (p.72). Pandora doit vérifier s’il pleut, et le cas échéant, se couvrir d’un imperméable pour sortir chercher le journal. Le programme fonctionnait très bien, à ceci près qu’il ignorait que l’imperméable protégeait de la pluie. Il s’ensuivait donc une boucle infinie, où le programme avertissait qu’il pleuvait, donc Pandora mettait un imper pour sortir, mais le programme avertissait qu’il pleuvait, donc Pandora mettait un imper, etc. Il fallait apprendre au programme que l’imperméable protégeait de la pluie.

Ce qui pose, en fait, le problème du sens commun : de fait, l’Intelligence Artificielle est très bonne dans des domaines de pointe, où, par définition, nous sommes très mauvais (la médecine, l’ingénieurie, etc.) mais elle est très mauvaise là où nous sommes, tous, très bon, à savoir ce « sens commun ».

Car au-delà de cet apprentissage du fait que l’imperméable protège de la pluie, le programme n’est pas fait pour savoir si il y a dans la pièce un parapluie, par exemple, ou, s’il pleut suffisamment peu fort pour ne pas trop se mouiller en sortant sans l'imper.

De fait, les domaines où nous sommes mauvais, sont des matières qui recèlent plus de technique que d’habitude : il faut connaître tel et tel problème, faire le lien entre eux pour arriver à la solution. Finalement, c’est un problème de porte booléennes, ET/OU/NON ET/NON OU.

Ceci représente les débuts de l’histoire de l’I.A., et le principal problème à résoudre. Désormais, que trouvons-nous ?



Publié l’an passé, et figurant dans le top des essais dans le New Yorker, le titre de ce fascicule (320 pages) reprend une appellation du Loebner Prize.

Ce prix met en application le test de Turing : plusieurs personnes, plusieurs programmes, et personne ne sait à qui il parle. À l’issue de cette confrontation, les personnes attribuent des prix : le plus humain des robots, mais aussi, pour celui qui remporte le plus de suffrages, le plus humain des humains. Car finalement, le problème reste le même, comme le dit le paradoxe de Moravec « ce qui est difficile est facile, ce qui est facile est difficile » soit le même constat que faisait Frank Rose : le problème du sens commun par rapport aux échecs. Turing avait prédit qu’en l’an 2000, un programme d’intelligence artificielle pourrait tromper 30% des juges. Cette vision c’est avérée inexacte, mais en 2008, un artefact a trompé 25% des jurés. De nos jours, le programme le plus en pointe peut tromper près de 60% des jurés. La question que se pose alors Brian Christian, c’est quel serait alors le paroxysme de l’intelligence artificielle. Étant l’un des jurés, et ayant donc discuté avec l’un des programme les plus évolués, Cleverbot, il s’est rendu compte que cela pourrait être l’intelligence collective. Effectivement, après avoir discuté avec lui, je rejoins cette idée.

Il est près de la perfection. Mais lorsque je lui parlais, je voyais que l’on était entre 14 800 et 15 000 à lui parler de par le monde. Si nous, nous en avions conscience (c'est inscrit sur la page, à partir du moment où l'on engage un dialogue avec lui), lui probablement pas. Au plus, il parle à son frère, dont je pense que le nom restera un grand secret.

Voici ce qu'il en est de l'Intelligence Artificielle.

À bientôt pour un nouveau billet, sur la perception des grands penseurs et autre philosophe sur l’humanité !


dimanche 6 mai 2012

Robot et conscience (3)



Bonjour,

Après les deux billets précédents (ici et ), je vais vous parler de ce qu'il en est des robots, de nos jours, dans la vraie vie. Après quelques recherches, je me suis rendu compte que la recherche partait dans deux axes différents : le premier axe cherche à créer des robots (tels qu’on les conçoit, soit fait de vérins et de métal) le plus semblable au vivant. Le second recherche quant à lui à faire un vivant le plus semblable à la volonté du créateur, en utilisant pour cela un assemblage de gènes, de « biobricks », un peu comme un assemblage de Lego™. Je ne m'intéresse pas dans le cadre de mon projet à la recherche sur le vivant, mais sur la mécanique au plus près du vivant.

Donc très rapidement, le deuxième axe.

Chaque années, au MIT, un concours récompense la meilleure création vivante. Rassurez-vous, nous n’en sommes qu’au stade d’assemblage de petites bactéries, même si la racine du projet est « gigantesques » (faire des arbres auto-luminescents pour ne plus avoir a éclairer les villes la nuit, éclaircir Mars dans l’optique d’une terraformation...). D'autres chercheurs (plus sérieux que ces jeunes étudiants) cherchent à produire qui de l’essence sans passer par le pétrole, ou qui tel médicament issu d’une plante qui met trop longtemps à pousser. Enfin, il y a ceux qui cherchent à changer les bases de l’ADN pour que les produits ne puissent interagir avec notre ADN naturelle : c'est-à-dire passer des bases Adénine, Thymine, Cytosine, Guanine, vers quatre autres bases W, X, Y, et Z. C'est un domaine passionnant. D'autant que l'on sait que les être les plus nuisible sont ceux que l'on ne voit pas : les microbes...

Il y a à présent la robotique (la vraie). Les premiers robots auxquels nous nous sommes confrontés sont les robots ménagers : batteur, aspirateur… tout ce qui « allonge nos mains » en leur donnant la possibilité de faire des choses qui sans eux seraient beaucoup plus longues…


Le robot libère des tâches difficiles et ingrates !


Mais depuis les inventions de Moulinex©, d’autres robots ont vu le jour, en suivant, à nouveau, deux philosophies distinctes. La première est de suivre la droite ligne du robot n°5, protagoniste du film Short Circuit : lui donner la possibilité de faire des choses délicates.



Ici, la main robotique RAPHaEL, 2009

Cette main robotique a été créée par la Virginia Tech. L’objectif de cette main est de manipuler des objets fragile sans les casser. Le procédé employé, pour éviter la mise en place de coûteux moteur à chaque articulation, est d’utiliser de l’air comprimé.

L’autre piste, c’est de copier ce qui existe déjà : à savoir la nature.




Le principe utilisé par cette pince bionique reprend le principe de la nageoire caudale des poissons, pour prendre la forme des contours de la pomme : notez la façon dont la pince bouge dans le film qui suit, lorsqu'elle se saisit d'un pot de lait…


Cette utilisation de la biotechnologie développée dans cette société offre de nouvelles perspectives, ainsi que le montre cette autre vidéo (sur les rapports entre la biologie et la structure biomécanique qui s’ensuit).


Ces deux axes m'intéressent autant l'un que l'autre, mais ce sera plutôt au futur réalisateur de choisir comment veut-il que les robots soient construits. Cependant, il peut être intéressant de faire se confronter ces deux philosophies, en travaillant sur le rapport à la perception plus ou moins "humaine" de robots, car plus naturelles.

La prochaine fois, je vous parlerais des avancées en intelligence artificielle.

À bientôt !


jeudi 3 mai 2012

Robot et conscience (2)



Bonjour,


À la suite du billet précédant, je vais vous exposer mes recherches littéraires sur les robots.

Le robot est plus vieux dans la littérature que dans le cinéma. Il n’aura pas fallu attendre Asimov pour que l’on trouve tout un bestiaire. Ainsi, le premier robot est, dans la culture judéo-chrétienne, le Golem. Fait d’argile et se mouvant, il est nommé la première fois dans la Bible, au « Livre des Psaumes ». Il est alors l’équivalent d’un être inachevé. Mais si l’on se reporte à cette stricte définition, Adam lui-même, créé d’argile et dans lequel Dieu a insufflé la vie, n’est finalement autre qu’un golem, cet ancêtre du robot… c’est ainsi en tous cas que le Talmud décrit cet état précédant la création du premier homme.

Mais auparavant, il ne faut pas oublier le texte d'Ovide sur Pygmalion qui sculpte Galathée, avant que la déesse de l'amour lui donne la vie...

Il y eut ensuite une littérature, qui se développa lors de l’époque du fantastique (début du XIX° siècle, menée notamment par E.T.A. Hoffman, Théophile Gautier, Charles Nodier, etc.) Les robots ne portent pas encore ce nom mais en ont la fonction. Les histoires interrogent le mimétisme : par exemple, une histoire (qui est l’auteur ?) raconte comment, dans un futur, ayant réussit à faire revivre Brahms au travers d’un être fabriqué, l’être le comprend et s’amuse de ses hommes qui croient revoir Brahms, alors que ce n’est qu’une copie, certes sublime, mais qu’elle n’ira jamais aussi loin que l’original.

Puis il y eu les robots. Le terme fut inventé en 1921 par le frère du tchécoslovaque Karel Čapek, lequel l’a ensuite utilisé la première fois dans sa pièce R.U.R. (Rossum’s Universal Robots). Le mot signifie « esclave » ou, pour enlever l’idée de rébellion qui est propre à ce mot « travailleur dévoué ».

L’histoire est celle d’humains organiques artificiels (donc plus proche de ce qui serait aujourd’hui qualifié d’androïde), fabriqués en usine pour ensuite travailler. Sans sentiments, ils peuvent effectivement se dévouer totalement à leur tâche. Mais lorsqu’ils en prennent conscience, ils s’allient, se révoltent et détruisent l’humanité. Deux d’entre eux (un robot « mâle » et le seul robot « femelle ») trouvent l’amour et le dernier des hommes leur remet les clefs du monde.

L’idée du robot telle qu’on l’envisage va réellement naître avec le développement de l’industrie du commerce dans les années 50. Asimov explique (où est la légende et jusqu’à quel point se trouve la réalité ?) que c’est en connectant cette idée d’un homme mécanique fabriqué, et son exploitation commerciale (infinie) qu’il en a conçu la notion du robot qui est encore courante aujourd’hui.

Ainsi, visualisant ce que serait la société emplie d’humains et de robots, il pensa à la façon dont l’humanité pouvait prévenir toute attaque de robots (tout en lui laissant possibilité de détruire ces robots) : il inventa alors le cerveau positronique, qui contient les trois lois suivantes :

1) Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
2) Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
3) Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Bref historique montrant que le robot est presque né avec l'homme, et que sa perception littéraire a évoluée. L'idée de mimétisme m'intéresse fortement. 

La prochaine fois, je regarderais ce qu’il en est de nos jours, dans la vraie vie !

À bientôt